Alors que le secteur cinématographique camerounais fait face à des défis structurels et sociaux majeurs, le Président du Guilde des Acteurs et Comédiens Professionnels (GACP), Gabriel-Hervé Gwet, dévoile sa feuille de route pour l’année 2026. Entre formation à l’agroécologie, création d’un catalogue professionnel et plaidoyer pour la protection sociale, il a lancé vendredi 13 mars, un appel vibrant aux mécènes et aux autorités pour sortir les artistes de la précarité.
Vous avez organisé vendredi 13 mars 2026 une conférence de lancement des activités du GACP. Quel est votre plan d’action pour cette année ?
Pour 2026, nous avons prévu un vaste programme de formation dans lequel nous sommes en partenariat avec le Festival Alimentaire. Donc nous allons faire une formation pour 300 jeunes, soit 200 femmes et 100 garçons. Et on va essayer de développer nos connaissances cinématographiques sous un autre angle. Donc on va essayer de faire des courts-métrages qui vont parler d’agroécologie. Et on va faire l’effort de faire des projections dans plusieurs départements.
Au-delà de la formation, vous mettez l’accent sur la situation sociale des artistes. Pourquoi est-ce une priorité cette année ?
Nous nous sommes dit que cette année, il est important qu’on se penche automatiquement sur la précarité qui mine notre secteur. Parce que nous sommes fatigués de voir des gens exposés sur les médias, Facebook et autres, parce qu’ils sont malades et n’ont pas d’argent pour se soigner. Alors nous avons fait un tour à la CNPS pour le plaidoyer de l’acteur. On a contacté des assurances. Et également, on pense qu’il y a beaucoup de choses à faire.
On en profite d’ailleurs pour lancer un appel à notre ministre de tutelle, parce qu’on a des plans d’action qu’on ne peut pas dévoiler sur l’écran. On aimerait vraiment les rencontrer, de même que des mécènes qui peuvent nous accompagner. On pense qu’il ne faut pas attendre que quelqu’un soit à l’agonie pour venir l’aider. On peut anticiper. Ainsi pour 2026, nous sommes dans un élan de cœur pour nos frères et sœurs, acteurs et actrices.
Vous insistez beaucoup sur le professionnalisme et l’éducation des jeunes acteurs. Quel est votre message pour cette jeunesse ?
Nous sommes dévoués à former. Un acteur doit être formé, un acteur doit être éduqué. Nous faisons partie de cette jeunesse-là qui pense que tout le monde ne doit pas aller au Canada. Nous sommes au Cameroun. Permettez-nous de rester, ne nous chassez pas.
Vous lancez également un catalogue pour les membres du GACP. Comment cet outil va-t-il fonctionner ?
Nous avons pensé à ce catalogue parce que, lors des castings, on voit parfois des centaines de personnes se présenter et tout le monde n’a pas forcément la possibilité de participer. Nous nous sommes alors demandé pourquoi ce sont toujours les maisons de production qui viennent vers nous. Pourquoi ne pas aller vers elles ?
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C’est dans cette optique que nous avons mis sur pied un catalogue regroupant tous les membres. On y retrouve la photo de l’acteur, sa filmographie ou encore sa biographie. Grâce à cet outil, lorsque des maisons de production partenaires, notamment celles spécialisées dans la publicité, recherchent des profils, elles peuvent consulter ce catalogue. Au lieu d’attendre de nombreux dossiers, elles peuvent parcourir les profils disponibles et contacter directement l’acteur qui correspond à leurs besoins. Nous avons donc décidé de passer à l’action en allant vers les producteurs plutôt que d’attendre qu’ils lancent des castings.
Quelles sont les principales difficultés auxquelles vous faites face pour réaliser ces ambitions ?
La principale difficulté reste le financement. Comme on le dit souvent, l’argent est le nerf de la guerre. En tant que président, j’ai beaucoup d’ambitions et de projets, mais les moyens restent limités.
Par exemple, pour les questions d’assurance, certaines compagnies nous proposent des formules intéressantes. Mais même si je peux payer pour moi-même ou pour deux ou trois personnes, nous comptons près de 200, 300, voire 500 membres. Il est impossible pour moi de couvrir tout le monde.
Pourtant, dans ma vision, il serait préférable d’anticiper en aidant les acteurs à payer leurs assurances ou leurs cotisations sociales. Beaucoup n’ont pas de revenus réguliers. Les cachets sont parfois faibles, et ils doivent déjà gérer leurs loyers et leurs dépenses quotidiennes. Cela devient donc très difficile.
Quel est votre dernier mot ou appel à l’endroit du public et des partenaires ?
Le public aime ce que nous faisons et ce que nous produisons. Nous demandons simplement de l’accompagnement. Nous manquons de soutien réel. Nous lançons donc un appel aux mécènes et à toutes les personnes qui peuvent nous aider. L’objectif est d’éviter que les artistes soient contraints d’exposer leurs difficultés sur les réseaux sociaux. C’est toujours triste de voir quelqu’un qui vous a fait rêver à l’écran se retrouver dans une situation aussi difficile.
















































